Jack Varlet, L’Homme cristal, Pontarlier, Éditions du Belvédère, mars 2013, 287 p., 18 €.

l-homme-cristal-de-jack-varlet-932998636_MLNous apprenons par bribes deux histoires enchevêtrées, d’un homme et de deux femmes. Beth, la première femme de Harry, morte mystérieusement, hante toujours sa relation avec la deuxième, Maylis. Une double hantise, car Harry se croit le meurtrier de Beth, une nuit d’hiver, quand la glace céda et qu’elle tomba dans l’eau d’un étang. Il y a même une troisième femme, Marie, qui entre dans la vie de Harry lorsqu’elle le recueille exténué à la fin de son exploit insensé : la traversée à la nage du lac de Saint-Point dans le sens de la longueur. Harry est un homme du Haut-Doubs, sorti d’une famille de bûcherons ; il travaille toujours dans le bois mais aujourd’hui comme sculpteur.

       Autre personnage décisif : Laurent, policier à Pontarlier, mais ami d’enfance de Harry. Quand lui aussi commence à croire que la mort de Beth ne fut pas un accident, le roman devient inévi­tablement un polar, même si ses investigations sont brutalement interrompues par sa mort accidentelle.

       Il y a plusieurs narrateurs. Le plus souvent, un narrateur impersonnel, omniscient, qui raconte l’histoire à la troisième personne. Mais parfois Harry nous parle, ou plutôt se parle, à la première personne, et Beth aussi, de son enfance au nord du Québec. C’est de cette enfance que vient à la fin l’explication de sa mort.

       Malgré une écriture parfois hachée et des phrases très courtes, parfois réduites à un seul mot, c’est un livre à grande lenteur. Il y a des phrases plus longues, poétiques ou philosophiques, et la vérité sur la mort de Beth ne nous arrive qu’à la toute dernière page. Nous sommes à la montagne, dans les bois, autour du lac : des paysages vastes, déserts, silencieux. On ressasse des sou­venirs qui reviennent douloureusement, avec insistance.

       Les polars en général se lisent bien mais, à titre personnel, je dois dire que les explications des conclusions me déçoivent presque toujours. Quoi, après toute cette lecture palpitante, c’est tout ? C’est lui le coupable ? ou elle ?... et pour ça ? ce truc invraisemblable ? Ici, pourtant, comme il s’agit à la fin de personnages que je n’ai pas mentionnés, je n’en dirai pas plus. Prenez donc votre temps, mettez-vous à l’ombre sous les sapins, au bord de l’eau, ou à côté de la cheminée une longue nuit d’hiver, et ouvrez le livre, un bel objet d’ailleurs, à la première page…

 

David Ball