Arnaud Friedmann, Le Tennis est un sport romantique, Paris, JC Lattès, août 2013, 283 p., 17 €.

Tennis_FriedmanVoici un livre qui plaira aux amateurs de tennis, surtout s’ils ont vécu les années quatre-vingts, où s’ils ont pour elles et pour les champions qui se sont affrontés à cette époque, un intérêt particulier. Le livre restitue le climat de ces grandes compétitions, et a su faire les portraits de tous ceux qui ont compté dans le monde du tennis. Les sportifs y retrouveront leurs idoles, avec leurs qualités, la précision de leurs gestes, leurs tics et leurs manies, leurs caractères, froids ou bouillants, qui s’affrontent tout autant que leurs techniques. Et ceux qui n’aiment guère le sport y trouveront l’image d’une forme d’addiction que notre époque connaît bien, avec l’adulation des champions par les foules, les rêves et les désirs qu’ils suscitent.

       Le livre commence le 10 juin 1984, jour de finale à Roland-Garros. Hélène, 24 ans, regarde le match avec son fils Julien, cinq ans. Celui-ci préfère Ivan Lendl et qualifie John McEnroe de « méchant ». Excédée, Hélène, fan de McEnroe, finit par lui jeter qu’il est son fils. Et le narrateur nous raconte comment la jeune femme a rencontré le champion quand elle avait dix-huit ans, alors qu’elle était jeune fille au pair aux USA, comment elle a passé une nuit avec lui, rusant pour pénétrer dans son hôtel et trouver sa chambre. Il nous raconte aussi comment Julien commence alors l’apprentissage du tennis, rêvant d’égaler son père. Ainsi alternent les chapitres, dont les titres égrènent cruellement les défaites de McEnroe – comme s’ils étaient le symbole de la défaite des personnages du roman – qui mettent en scène alternativement la mère et son fils. Et, en ce qui concerne Hélène, les scènes de souvenirs – et elles sont bien présentées comme telles – alternent avec le désenchantement du présent.

       Mais le narrateur nous trompe, comme le personnage principal trompe son fils, et ce jeu du mensonge à deux voix constitue l’essentiel de la trame du roman. Ainsi le livre montre la force de l’imagination et comment elle prend le pouvoir, transformant les destinées : Hélène passe sa vie en dépression et se laisse aller ; son fils, au contraire, qui n’a aucun génie pour le tennis – et l’entraîneur le déclare sans ambages dès le premier contact – finit par devenir, à force d’entraînement, un joueur acharné et convenable.

       À la fin, quand le narrateur laisse paraître la vérité et que tout le monde, personnages et lecteurs, retournent dans le réel, on se demande ce qui vaut le mieux : l’imagination n’avait certes pas suffi à combler Hélène, elle lui avait même gâché l’existence, mais la vie qui a radicalement changé, débarrassée de l’imaginaire, est tout de même bien prosaïque.

 

André-Noël Boichat