Anne Percin, Le Premier été, Rodez, Éd. du Rouergue, mai 2011, 163 p., 16 €.

Premier été_2« C’est une histoire d’innocence et de cruauté... Sensuelle et implacable à la fois, douce-amère comme tous les crève-cœurs de l’enfance. » Ainsi est résumé, en quatrième de couverture, l’ouvrage d’Anne Percin.

En quelques mots, l’auteure donne la teneur mais surtout l’atmosphère de son ouvrage.

Deux sœurs se retrouvent pour vider la maison haut-saônoise de leurs grands-parents décédés. Dans ce village où elles ont passé leurs vacances d’adolescentes, la plus jeune révèle à son aînée un secret qui la traumatise depuis quinze années.

« Je vais parler sans te regarder, les yeux fixés sur les dessins compliqués du tapis rouge. D’abord je ferai le tour de la bordure extérieure, et puis j’en viendrai au motif central. Et tu m’écouteras, parce que tu es assise, désœuvrée, parce que tu es ma sœur et que nous n’avons rien à faire de mieux, main­tenant qu’on a tout vidé dans la maison, que de nous montrer sur ce banc. »

Un peu lent à démarrer, l’ouvrage prend toute sa saveur et sa dimension au moment de l’évocation de cet été tragique. Ce retour dans le passé apporte un changement de ton, de rythme, d’intensité. On s’ennuyait dans ce roman qui ronronnait tristement et, soudain, sans transition, on est propulsé dans le monde de l’adolescence avec ses émotions incroyables, ses sentiments exacerbés, ses peurs secrètes, ses angoisses palpables.

Même l’écriture se met au service du bouleversement et perd cette banalité et cette hésitation qu’elle traînait au début du récit. Le ton est si juste ! Comment cette auteure âgée de quarante-deux ans parvient-elle à se souvenir des émois d’adolescente avec une telle précision, une telle vérité ? On les avait oubliés. Ce roman les restaure. Il n’a plus rien d’un banal récit à l’eau de rose, il devient dramatique, poignant, déchirant.

En quelques pages (160), Anne Percin nous entraîne dans un monde simple, déroutant, cruel dont on ne peut sortir qu’ému et impressionné.

Ce livre, qui est son second roman pour adultes, a obtenu le Prix Biblioblog en 2012. Il possède tous les ingrédients d’un bon roman : l’originalité, l’action teintée de suspens, l’émotion, le rythme. Quant au style, il s’améliore au fil des pages et passe de l’écriture jolie mais banale à une prose délicate, sensible, convaincante.

Annette Vial