François Migeot, Maintenant, il est temps. Pierre Bonnard, Besançon, Éditions Virgile, 2011, 59 p., 14 €.

 

MaintenantPublié cette année dans la collection Carnets d’Ateliers des Éditions Virgile, collection illustrée par des auteurs comme Alain Jouffroy, Michel Butor et Claude- Louis Combet, ce livre de François Migeot coïncide heureusement avec l’ouverture du Musée Bonnard au Cannet (juin 2011). François Migeot d’ailleurs, dans les poèmes qui célèbrent et prolongent l’œuvre du peintre, a choisi d’évoquer entre autres La descente au Cannet par des images qui rendent compte d’abord du paysage du tableau :

Lumière

Lente avalanche du coteau

Le matin penche vers la mer

et du moment de la création :

C’est l’heure jeune

le temps novice

marche à tâtons sur les toits

puis, par un mouvement qui lui est naturel, le poète nous fait partager le cheminement de cette « descente » en lui-même :

Alors

descendre

descendre vers nous-mêmes

dans le défilé du dehors

dans l’espoir du matin

qui grandit dans les ombres

On sait que Pierre Bonnard, qui avait acheté au Cannet la villa Le Bosquet en 1926, s’y installe définitivement avec Marthe en 1939. Sa compagne disparaît en 1942, l’abandonnant à lui-même. Le portrait du peintre par lui-même (1945), sans lunettes, donne l’image d’un être désormais sans défense, attendant la mort. Par l’expression de sa sensibilité, François Migeot nous approche davantage d’un visage qui s’estompe et qui témoigne d’une beauté essentielle, réunissant masculin et féminin. Regardons Pierre Bonnard, serviteur de la lumière, qui se retire de sa charge et lisons les mots du poète si appropriés pour saluer son adieu au monde.

La neige des cheveux

et le charbon des yeux

Tisons

éteints Il n’y a

plus de regard

Vide à force

d’avoir éclairé

le dehors

Peut-être faut-il insister encore avant de fermer ce livre, et François Migeot nous y invite dès les pages consacrées à L’Atelier au mimosa, tableau commencé en 1939 et achevé en 1946, sur le temps du peintre qui rassemble tant de moments,

« Que transparencia de muchas tardes

para siempre juntas »

[une transparence de tant d’après-midis pour toujours réunies], pour reprendre des vers du poème de Jorge Guillén « Los jardines » (1893-1984).

François Migeot a choisi de rendre compte de ce « champ de présence », pour reprendre une expression de Merleau-Ponty, par un texte où il imagine les jours de la semaine ou les moments du jour de chaque passage du temps qui se sont inscrits sur la toile à travers le travail de l’artiste. Il peut conclure : « Maintenant il est temps, tous les temps. La splendeur du monde a passé. Elle laisse en nous son témoin brûlant de lumière. »

Le livre est à la hauteur de l’enjeu : dire l’émotion reçue de la peinture et nous la faire partager.

 

Jacques Montredon