Claude Louis-Combet, Huysmans au coin de ma fenêtre, Fontfroide-le-Haut (34), Fata Morgana, 2012, 106 p., 18 €.

Huysmans_2Ce récit autobiographique est d’abord un témoignage du plaisir de la lecture quand ce plaisir bascule, pour le lecteur de seize ans, dans l’éblouissement de la découverte d’un auteur qui deviendra un ou le préféré. Le jeune Louis-Combet découvre en Huysmans un modèle et une source d’inspiration, le modèle d’une exigence à la fois littéraire et morale et l’ins­piration de sa propre vie dévouée à l’écriture. Le Huysmans qui était passé de l’esthétisme à la foi catholique a aidé Louis-Combet à faire son parcours dans le sens inverse : quitter la religion et la vie religieuse pour la spiritualité de l’art. Mais il y a toujours des continuités dans les conversions, et pour Louis-Combet la religion reste vivante non seulement dans la nostalgie mais aussi, et surtout, dans la vocation désintéressée de la vie consacrée à l’art.

Cette vocation, celle de Baudelaire, de Nietzsche, de Wilde ou de Gide, chacun à sa manière, est censée convenir à une époque moderne où la science a rendu moins convaincants les dogmes de la religion et où l’industrie a abîmé le monde naturel. Dans son esthétisme aussi bien que son catholicisme, Huysmans est toujours resté un marginal mal à l’aise dans son époque bourgeoise et matérialiste. De son œuvre, je ne connais qu’À rebours mais je le connais bien. À l’âge de seize ans je fus moi aussi bouleversé par ma lecture de Huysmans, lecture en anglais bien plus envoûtante que ma relecture du même texte aujourd’hui en français. J’ai trouvé en Des Esseintes une espèce de rebelle, un héros tragique dans l’intensité de ses excès. Louis-Combet parle de sa « parole de vérité » et d’un « principe d’inassouvissement » dans sa persistance.

Il parle aussi du manichéisme ici et ailleurs dans l’œuvre de Huysmans, et, dans la fascination du mal et dans l’idée d’un diable aussi fort que Dieu en ce monde, se profile une complicité entre les deux auteurs, complicité qui n’exclut pas un élément de contraste : « Lui, incroyant, converti, épris d’art et de sainteté. Moi, croyant, incroyant, nostalgique, curieux de sainteté, enfermé dans l’art comme dans une cage sans barreaux ».

C’est un livre à recommander vivement, surtout aux membres d’une association dont l’un des objectifs est l’encouragement de la lecture. De plus, grâce à ses éditeurs, Fata Morgana, le livre est un bel objet, agréable à lire.

David Ball