Traversée du Jura,   par Élodie Houel, photographe  

Lettres comtoises, n° 5 nouv. série, 2010

Diplômée des Beaux-Arts de Besançon (expression plastique), Élodie Houel développe sa recherche en photographie autour de deux axes : une confrontation d’ordre social et la matérialité de l’image photographique. Depuis quatre ans, ses images sont régulièrement publiées par la Comédie (CDN) de Saint-Etienne et récemment elle a réalisé un ensemble photographique dans le cadre de l’exposition « Anima Chromatica » de Matthieu Messagier en collaboration avec la Galerie Agnès B à Paris et les Éditions Fage à Lyon. Elle a notamment exposé en 2010 à la galerie « Zéro l’infini » de Jean Greset à Besançon ainsi qu’à la Biennale internationale de Nancy.

Elle part régulièrement marcher en Franche-Comté. En 2010, ses pas l’ont guidée vers la Grande Traversée du Jura. Les photographies et le texte présentés dans ce numéro témoignent de sa sensibilité et de ses émotions.

Être dedans sans recul et y plonger. J’ai voulu m’approcher pour voir. Une chambre fraîche, un lit moelleux, les sous-bois sont d’un confort rare et simple. Ils sont bien cachés et il ne faut pas hésiter à y entrer. On teste ses peurs d’enfance qui ne nous ont jamais quittés.

La lumière émerge, disparaît, puis réapparaît, le mouvement des branches m’enivre et me remplit. Qu’il est bon d’être ici!

Le vide n’existe pas et rien n’est de trop.

Champignons, insectes, humus, ici tout s’autogère, se mange et se décompose.

L’omniprésence de la vie qui réinvestit tout et recycle ce qu’il reste de la mort.

L’absence humaine est complète.

Pas de messe, juste le silence.

J’aurais voulu voir naître ces montagnes.

 

J’aimerais m’asseoir contre les troncs et entendre les feuilles craquer sous mon poids.

Un repos où je convoque tous les mystères qui ont protégé ces forêts.

Un vieux moulin abandonné, envahi par la végétation : le torrent y coule toujours.

 

Des lieux traversés qui hier étaient synonymes de vies endurcies et de survie sont devenus aujourd’hui des endroits où l’on passe, telle une visite dans un écomusée pour sportifs équipés de chaussures de marche et de piquets télescopiques, avec nostalgie du temps passé.

 

Chercher son chemin est un nouveau luxe.

Un seul et unique chemin à suivre sans raccourci : l’ennui a été réinventé.

Les lotissements me font mourir et les sous-bois me font vivre.

Adieu chiens, pelouses, platanes, oliviers et palmiers en pot.

 

Le sac est lourd et la fatigue s’accumule. Après la descente, le dénivelé s’inverse et la montée n’en finit pas. Le souffle, je pense à mon souffle, je me concentre sur mes pas. Le ciel s’obscurcit et nous devons être ce soir au refuge. Surtout ne pas s’arrêter...

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