Arnaud Friedmann, Grâce à Gabriel, Besançon, Les éd. de la Boucle, 2012, 202 p., 13 €.

GabrielArnaud Friedmann, né en juillet 1973 à Besançon, est l’auteur de plusieurs romans dont l’avant-dernier Jeanne en juillet a été évoqué dans les Lettres Comtoises n° 5. Grâce à Gabriel, paru en 2011 aux éditions de la Boucle, a reçu le prix du livre franc-comtois 2012 lors des Mots Doubs.

Michèle s’ennuie dans son village alsacien : pas de sentiments ni d’émotions spontanés pour sa famille (son mari en demi-teinte, son fils aîné qu’elle trouve laid, sa fille adolescente), le poids de l’habitude, une perception floue de ce qui l’entoure, le manque de force pour agir en dehors de la routine. Le récit linéaire, les phrases courtes, les nombreuses répétitions tournent comme autant de mouches dans un espace clos et lèvent petit à petit le voile sur sa folie, démence héréditaire venue de sa grand-mère, qu’elle repousse mais qui fait peser sur elle une lourde fatalité, comme une malédiction : rien ne changera, c’est sans espoir.

Quand l’éventualité d’un drame entre dans sa maison et secoue sa torpeur, elle l’accueille comme un événement extérieur, vecteur de nouveauté et qui pourtant déclenchera chez elle une intense souffrance.

Pas d’espoir non plus pour les protagonistes du drame : rien ne changera leur inhumanité, « c’est écrit et il n’y a pas à lutter ».

La demande d’adoption d’un bébé, que le couple avait entamée avant le drame, aboutit par la seule volonté de Michèle. Et Michèle sourit : « elle se sent dépassée par la vie qui bouillonne en elle ». Grâce à Gabriel ? Gabriel, l’ange, si beau, si parfait qu’elle se consacre entièrement à lui, oubliant sa torpeur.

Le lecteur assiste mi-atterré, mi-incrédule, au déploiement de la folie qui grouille, enfle. Il hésite devant l’accumulation d’actes non maîtrisés et non maîtrisables car décrits comme inéluctables. Avec son style particulier, saccadé, avec la répétition de passages déjà lus dans la première partie du récit, l’auteur l’amène dans une sorte de monde flou : fiction ou réalité désespérante ?

 

Claire Francart