Jean-Pierre Favard, Le fantôme du mur, Aiglepierre (39), La Clef d’Argent, coll. « Lokhale », avril 2015, 112 p., 6 €.

Jean-Pierre Favard est un auteur imaginatif et original, qui sait embarquer ses lecteurs avec ses personnages dans des aventures surprenantes, cocktail attrayant de mystère, voire de fantastique, d’inquiétant, souvent agrémenté d’histoire et d’ésotérisme, le tout pimenté d’une bonne dose d’humour. Parmi la dizaine de ses romans et recueils publiés, Sex, drugsRock’n’Dole (La Clef d’argent, 2010), sorte de polar « gothique », avait reçu le prix Coup de cœur de l’Amicale de la Presse jurassienne. Les Lettres comtoises, séduites par Belle est la bête (La Clef d’Argent, 2012), recueil de nouvelles à la fois fantastiques et malicieuses, en avaient fait une courte mais élogieuse recension (cf. no 7, décembre 2012, p. 181-182).

Avec Le fantôme du mur, court roman (81 pages), J.-P. Favard a choisi l’ancienne capitale comtoise, Dole, comme toile de fond, et Marcel Aymé, ou du moins son œuvre, comme fil conducteur. On aura vite compris que le titre de l’ouvrage est une allusion à peine voilée au Passe-muraille du célèbre écrivain jurassien.

Le narrateur, dont on ne connaîtra jamais le nom, est un professeur d’histoire et géographie, qui, à la suite d’une rupture amoureuse démo­ralisante, a quitté sa région d’origine et obtenu un poste à Dole. À peine installé dans un appartement ancien situé au cœur de la cité, il se lie d’amitié avec sa voisine, Madame Angèle, une très vieille dame, veuve, aussi vive d’esprit que fine cuisinière. Très vite, il est intrigué par des bruits étranges qui se répètent chaque nuit, ainsi que par l’inscription latine gravée dans la pierre au-dessus de la porte d’entrée de l’immeuble, où il est question de voleurs, de souris et de … fantômes.

Il n’en faut pas plus à notre homme : curieux, désireux d’élucider ces mystères et de s’approprier sa nouvelle ville, il va se lancer dans une enquête à rebondissements qui tient à la fois du romanesque, du policier, du fantastique (léger), et va l’amener – avec la complicité ravie des lecteurs – à chercher les réponses aux multiples questions qui se posent. Les fantômes existent-ils ? Qui est vraiment Madame Angèle, que sait-elle exactement ? Quelle vie a-t-elle eue avec son mari ? Qui étaient les précédents résidents de l’immeuble ?

Se plongeant dans l’histoire de Dole, de ses rues et de ses habitants – en bon professeur, il en profite en passant pour donner sa propre vision pédagogique de l’enseignement de l’histoire et égratigner la rigidité des programmes du ministère – notre homme se demande si cette étrange histoire de fantôme pourrait avoir un lien avec les Templiers, ou encore les alchimistes.

Si le lecteur risque un peu de se perdre dans ces méandres éso­tériques, il trouvera sans doute la compagnie de Marcel Aymé, tout au long du récit, plus rafraîchissante et convaincante, et très astucieux le « jeu de piste » littéraire final à travers ses œuvres dont les extraits soulignés par Madame Angèle sont autant d’indices révélateurs.

Ce petit roman plein de ressources, qui a le grand mérite d’être bien écrit, d’être instructif autant que distrayant et qui réjouira un public très large, est en effet un véritable hommage à Marcel Aymé. L’auteur l’a fait suivre de deux annexes : un article fort intéressant et éclairant de Philippe Curval, auteur de science-fiction, intitulé « Marcel Aymé, le faussaire du quotidien », publié en 1977 par le Magazine littéraire, puis d’une bibliographie non exhaustive de Marcel Aymé, enfin d’une liste des ouvrages consultés.

Il convient de préciser que Le fantôme du mur est le premier volume de la collection « LoKhale » aux éditions de la Clef d’argent, spécia­lisée dans les littératures de l’imaginaire. Cette collection a pour but de publier des ouvrages comportant une partie fiction donnant l’occasion de visiter un lieu, assortie de documents susceptibles « de donner ses lettres de noblesse à l’Imaginaire. D’accompagner le lecteur. De l’instruire en l’amusant. (…) Car une histoire se déroule forcément quelque part. Et que l’universel trouve toujours sa source dans le particulier[1] ».

Pari gagné pour Le fantôme du mur.

 

Martine Coutier


[1]http://lemondedemateo.over-blog.com/2015/03/une-nouvelle-collection-aux-editions-la-clef-d-argent.html