Daniel Faivre, L’Ère Elvirah, Nantes, Les Sentiers du Livre éditions, février 2015, 240 p., 18 €.

Elvire Hallier a hérité de sa mère une beauté éblouissante mais contrairement à Kristina, elle se révèle une artiste dépourvue de tout talent, comme le constate avec accablement son professeur aux Beaux-Arts.

Cependant c’est une fille ambitieuse qui a décidé de réussir. Fille de galeriste, elle connaît les codes et maîtrise parfaitement le jargon amphigourique du milieu artistique. Le 25 octobre 1994, elle se fait connaître en se mettant en scène, nue, dans la célèbre galerie de son père. Devenue Elvirah (Elle-vir-ah[1]), elle multiplie ensuite les installations où elle livre le plus intime d’elle-même : des mèches de cheveux, des rognures d’ongles mais aussi le sang de ses menstrues ou le sperme de son mari sans parler du fœtus dont elle a avorté ou de sa tumeur cancéreuse.

Car Elvirah a aussi hérité de sa mère un cancer très grave. Elle décide de se rendre en Suisse pour un suicide assisté. Coup de théâtre ! C’est sa propre fille qui absorbe le poison létal et meurt à sa place.

Elvirah, elle, guérit de façon miraculeuse et, cent ans plus tard, elle est devenue une très vieille dame à la longévité extraordinaire qui a sacrifié toute sa famille à ce qu’elle considère comme de l’art.

Dans ce texte truculent qui dose humour et érotisme, Daniel Faivre aborde des sujets sérieux sans jamais se prendre au sérieux : la réussite à tout prix, l’égotisme de l’artiste, le cancer, la fin de vie. Il ridiculise particulièrement le monde de l’art contemporain et ses dérives.

La lecture de ce roman un peu déjanté permettra sans aucun doute au lecteur d’oublier la canicule ou les intempéries et de passer un bon moment.

 Françoise Maillot


[1]Elle : élément féminin ; Vir : élément masculin (en latin) ; Ah : suffixe féminin hébreu.