Daniel Faivre, La Première Femme, Paris, L’Harmattan, 2012, 338 p., 28 €.

faivreDaniel Faivre exploite dans ce roman original son impressionnante érudition d’historien des religions. L’héroïne de cette fiction est Lilith, fille de la nuit, séductrice, insoumise, « la première femme », née de l’union de Yahweh et d’Adamah, Mère de fécondité.

Le Dieu de la Bible impose son unicité en se confrontant aux dieux babyloniens, cananéens ou égyptiens, en une épopée mythologique d’un monde d’avant le temps qui mêle les hommes aux anges et aux démons dans une sorte d’Iliade primitive.

L’auteur revisite de façon très originale les plus célèbres épisodes de la Bible (Le Jardin d’Eden, Babel, Noé, Abraham, Moïse) à travers les yeux d’or aux pupilles fendues de la belle Lilith dont nous suivons passionnément les innombrables aventures, les nombreuses amours et l’incessant combat contre son père. Lilith parvient à infléchir le cours des choses, à sauver l’humanité du déluge, à retenir le bras d’Abraham, à sortir le peuple élu de l’esclavage en Égypte et à tenter de substituer un dieu d’amour à un dieu de crainte. Le lecteur se laisse captiver par une densité rare de personnages pittoresques aux origines diverses, Satan, Enki, Siduri, Seth, Bélial, Zeus, Baal. La lecture est soutenue par un style qui se fait parfois épique comme dans l’incipit du roman :

Lorsque, là-haut, l’écharpe d’or du grand Luminaire dénuda les hauteurs du mont Horeb, les deux chérubins firent paraître l’accusé devant le tribunal.

Le romancier manie en même temps l’humour avec beaucoup de verve, il arrive à Yahweh de féconder les filles des hommes « comme le premier olympien venu », les anges font la fête en forçant sur l’hydromel et pour Adam, YSVH est le « patron ». Reconnaissons que ce mélange indissociable d’épopée et d’humour approximatif peut autant déplaire qu’amuser, selon l’humeur…

Le lecteur sera sans nul doute séduit par l’irrésistible Lilith et le rythme entraînant du roman mais il risque aussi de se sentir par moment submergé par le flot baroque des propos. Une correction sélective n’aurait-elle pas permis d’élaguer un ensemble parfois touffu et confus ?

Malgré ces réserves, cette relecture de l’Ancien Testament dans une perspective satirique, iconoclaste et féministe reste vraiment très intéressante et réjouissante.

 

Françoise Maillot