Roger Faindt, Bleuvent, Éditions De Borée, avril 2013, 368 p., 21 €.

bleuventTendres amours dans l’univers ingrat du xixe siècle.

Les coutumes et conditions de vie ont totalement changé, les paysages un peu moins. Dans les descriptions qui émaillent le roman, on retrouve facilement les sentiers de la forêt de Chailluz, les lieux-dits et villages des Torcols, des Rancenières, de Tallenay, de Miserey… À condition d’en retirer routes goudronnées et constructions récentes.

En revanche, les sentiments qui animent les personnages sont intemporels. L’amour, la tendresse, la douleur, la haine aussi, Roger Faindt les dépeint comme personne, se contentant parfois d’un simple geste ou d’un seul regard pour exprimer un sentiment profond, venu de l’âme. Certes, les dialogues ne manquent pas, parfois crus, lorsqu’ils se déroulent entre rudes compagnons de beuveries ou au cœur d’une querelle de ménage, réservés et tendres quand ils concernent le couple d’amants, héros de ce roman que l’auteur situe à la fin du xixe siècle.

Une nouvelle fois, Roger Faindt entraîne son lecteur dans le passé, l’immerge dans cet univers, l’enferme dans un récit captivant, parfois bouleversant. Une fois le livre fermé, le Bleuet et la Rousse restent omniprésents.

L’auteur pourrait être peintre, concepteur de toiles réalistes où la nature et les êtres sont campés avec minutie. On peut tout aussi bien l’imaginer réalisateur de cinéma, construisant un monde dans lequel le spectateur entre sans sourciller. Une chance, il est auteur, créateur de romans, manipulateur de mots. Si bien que, dans cet univers qu’il dépeint à la perfection, il laisse au lecteur quelques portes entrouvertes où pourra s’exercer son imagination.

Ce roman ne pourrait pas se dérouler à l’époque du portable et de l’internet. Le Bleuet doit se perdre dans la neige et la forêt pour être sauvé par Anna la Rousse, guérisseuse au grand cœur dite la sorcière, dont il va tomber éperdument amoureux.

Parallèlement, dans le monde rural des années 1880, on va découvrir ce fameux charivari auquel avaient droit les gens qui ne suivaient pas à la lettre les consignes de leurs contemporains. Vieillard épousant une jouvencelle, fiancé trompant sa promise pour engendrer un bâtard, couples illégitimes… Ils faisaient tous l’objet d’un charivari qui pouvait durer des mois. Ou plutôt des nuits durant lesquelles voisins, gens du village et des alentours tournaient autour de la maison des « coupables », frappant sur des casseroles, criant, chantant, jouant de divers instruments, jusqu’à ce que la situation s’apure.

Bleuvent, c’est l’histoire d’une campagne, celle du beau Bleuet et d’Anna la Rousse, une campagne où se côtoient les joies, les peines, les scènes de village, les cancans, les amitiés sincères, la méchanceté, le charivari… Où surgit le patois ou l’expression typiquement locale, où fleurissent ces sobriquets que nos ancêtres chérissaient. Dans ce contexte dépaysant, nous suivrons surtout la belle histoire d’amour que Roger Faindt nous offre.

Mais, pas seulement ! Nous pourrons aussi chanter avec le Bleuet, essuyer les larmes d’Anna et rêver en sa compagnie au bord de la source, détester la Boîteuse et l’affreux Joulot, s’émerveiller avec la Renarde, plaindre cette pauvre sœur Boillod, rire avec petit Louis et Braco… Bref, nous entrerons dans une autre vie et nous ne pourrons qu’aimer ce récit à la fois tendre, poétique et flamboyant.

 

Annette Vial