Arnaud Dudek, Rester sage, Paris, Alma éditeur, 2012, 118 p., 13,80 €.

rester-sageC’est l’histoire d’un jour dans la vie du héros, de l’anti-héros plutôt, mais toute comparaison avec l’Ulysse de Joyce s’arrête là. Le roman est très court et écrit dans une prose assez limpide et lisible. Et là où Léopold Bloom consacre une bonne partie de sa journée à son travail, Martin Leroy vient d’être licencié. Ce n’était pas le travail qui manquait au début du xxe siècle, mais, au début du xxie, un romancier qui se veut branché contemporain a bien raison de parler du chômage. Quant à l’intrigue, il y en a davantage dans le petit roman que dans le grand, avec un élément de suspense qui tient le lecteur en haleine. À la suite de son licenciement, Martin décide d’aller confronter son ancien patron qui a vendu son agence de voyages à un grand groupe, lequel a commencé à licencier du personnel sans état d’âme. Mais en ouvrant la porte de l’appartement de l’ancien patron, il a une mauvaise surprise qui ne l’aide en rien à refaire sa vie.

L’élément sociologique du roman, allié à un style précis et drôle, épingle maints détails de la vie de nos jours. C’est un style économe, avec des changements abrupts de scènes et de points de vue. Le « il » de la narration, c’est clairement Martin, mais qui est le « tu » auquel s’adresse le narrateur ? Un ami d’enfance de Martin, ami anonyme qui a mieux réussi sa carrière – les deux se retrouvent ce jour-là par hasard après dix ans sans s’être vus.

Rester sage, le titre, est forcément un bon conseil mais de toute évidence ironique aussi, vu le côté moqueur de ce premier roman prometteur et bien présenté. Léger et pratique, il glissera facilement dans une poche.

David Ball

 

Treize chapitres, et ce n’est pas un hasard, sont consacrés à un individu particulièrement malchanceux. Quand il a envie d’un jus d’orange, par exemple, il commande un jus de pomme et se retrouve avec un nectar de poire écœurant !

Son départ dans la vie ne se présente pas sous les meilleurs auspices : il ne connaît pas son père et sa mère, folle, a dû être internée. Alors qu’il avait treize ans, elle lui a offert de fausses vacances au Maroc. En réalité, ils sont restés cloîtrés dans leur appartement, sans sortir, sans bouger, sans provisions, pour faire croire aux voisins qu’eux aussi étaient partis en vacances…

Dans le premier chapitre, la femme de sa vie vient de le quitter et il s’est fait licencier de son travail dans une agence de voyages qui a été revendue un bon prix à une entreprise pharmaceutique. Alors Martin Leroy décide de se rendre chez son ancien patron pour le convaincre de renoncer à son projet… à moins qu’il ne veuille se venger car il a mis un marteau dans son sac. Quand il rentre dans l’appartement de son patron, celui-ci est déjà mort, il n’a vraiment jamais de chance ! Il appelle à l’aide un vieil ami qu’il vient de retrouver et qui reste son seul recours.

En conclusion, rester sage ne semble pas la solution pour réussir sa vie, comme le héros et son ami le croyaient quand ils étaient petits.

Malgré l’avalanche de malchances qui accable le personnage principal, la lecture du livre n’a rien de déprimant et fait plutôt sourire car l’auteur ne manque pas d’humour. Le destin du pauvre Martin peut symboliser le ratage ordinaire de la vie de trop nombreuses personnes.

Le style est vivant, séduisant, rafraîchissant. L’écriture, vive et nerveuse, suit le cours de la vie et des pensées, certains chapitres se présentent comme des monologues intérieurs. Les deux récits des deux amis se déroulent en écho, tantôt à la première personne, tantôt à la deuxième personne, tantôt à la troisième personne, jusqu’au « vous » du chapitre treize, « vous » de l’auteur qui s’adresse à ses deux personnages avant de parler de lui dans un autoportrait final.

Ces jeux de pronoms peuvent perturber la compréhension du lecteur inattentif mais ce premier roman très prometteur se lit facilement, rapidement et avec beaucoup de plaisir.

Françoise Maillot