Claude Louis-Combet, Dérives, Saint-Clément-de-Rivière (34), Fata Morgana, 2013, 95 p., 17 €.

Dérives_Louis-CombetCinq radeaux dérivant vers l’horreur. Sur le premier, une femme crucifiée dont le corps martyrisé est finalement mangé par des porcs. Sur le deuxième, un homme, fils incestueux, pour qui tout vêtement devient une insupportable tunique de Nessos. Sur le troisième, une artiste de cirque si monstrueusement obèse qu’elle est un continent à elle toute seule. Sur le quatrième, les Tantalides, des hommes poussés par une faim insatiable à mordre les corps de femmes et même toutes les parties accessibles de leurs propres corps. Et puis, sur le cinquième, la Première femme, célébrée comme l’éternel féminin du désir masculin, le corps nu de l’amante qui attend l’amant, la fleur qui cherche et qui trouve sa tige.

Nous sommes ici de toute évidence dans un monde imaginaire et mythique d’obsessions autrement inavouables focalisées sur le corps féminin. C’est un peu comme si l’inconscient arrivait à inverser les rôles et à utiliser le discours de la culture, de l’ordre et du symbolique, pour faire exprimer directement ses pulsions, ses peurs et ses fantasmes. Serait-il donc possible que si la violence sadique exercée sur les corps des femmes nous trouble, la beauté exceptionnelle de l’écriture arriverait à nous apaiser ? Il me semble que même le lecteur le plus réticent pourrait se laisser subjuguer par un style si élégant, si assuré, dont le rythme nous berce de sa petite musique. C’est un livre qui peut se lire comme une séquence de poèmes en prose, une saison en enfer, d’où les jouissances et les réjouissances ne sont pas exclues.

Entre les cinq parties du livre se trouvent les photographies en noir et blanc d’Élizabeth Prouvost, photographies floues de corps nus contorsionnés. Elles rappellent les formes des tableaux de Francis Bacon, et contribuent à leur manière à faire de ce livre un bel objet.

 

David Ball