Manuel Daull, Les Oiseaux, peut-être, Paris, Éditions Cambourakis, 2010, 64 p., 8 €.

 

Oiseaux peut-êtreDes personnages un peu mystérieux qui se promènent dans et autour d’un hôtel isolé, où des pensionnaires font de longs séjours solitaires et reviennent année après année – ce texte court a quelque chose de cinématographique et évoque des films comme L’Année dernière à Marienbad de Resnais par exemple, ou L’Avventura d’Antonioni, où un petit monde élégant mais fermé se perd dans un espace plus vaste.

Seulement trois personnages sont ici nommés : Pierre, qui est fasciné par Orlane mais qui accepte d’être séduit par Mathilde. C’est-à-dire qu’elle l’aurait séduit si elle n’avait pas eu la mauvaise surprise de le voir tomber dans un sommeil narcoleptique, la lenteur des mouvements s’arrêtant pour un instant dans l’immobilité. Mais la démarche de Mathilde est de le donner enfin à l’autre, Orlane, celle qui se promène dans la forêt à côté de l’hôtel, là où elle arrive à comprendre les oiseaux dont les cris dérangent les autres pensionnaires. Mais en cherchant Orlane parmi les arbres, Pierre, d’émotion, tombe de nouveau dans la narco-lepsie, et rêve qu’il fait l’amour aux deux femmes à la fois.

C’est le petit roman en prose d’un poète, un texte qui parle du désir et de la complicité, entre femmes et entre homme et femme, et dans lequel, au fil de l’histoire, un culturel triste et tiède se fait bousculer par un naturel insistant : le naturel de la forêt et des oiseaux mais aussi celui, encore plus ambigu, des fantasmes et de la maladie.

 

David Ball