Isabelle Monnin, Daffodil Silver, Paris, JC Lattès, juillet 2013, 408 p., 19,50 €.

Daffodil_MonninLe daffodil est une espèce de jonquille, c’est aussi le prénom de la narratrice du nouveau roman d’Isabelle Monnin. Originaire de Franche-Comté, cette écrivaine vit aujourd’hui à Paris où elle exerce le métier de journaliste au Nouvel Observateur. Parallèlement, elle est auteure de romans et, après Les Vies extraordinaires d’Eugène et Second Tour ou les bons sentiments, tous deux parus chez Lattès, elle signe ainsi, avec Daffodil Silver, son troisième ouvrage chez le même éditeur.

Dans la curieuse famille de Daffodil, tous les hommes portent des noms d’arbres et les femmes des noms de fleurs. Le père américain de la jeune femme a proposé malicieusement ce prénom peu usuel lorsqu’il s’est agi de baptiser sa fille. Daffodil a une mère Lilas et une tante Rosa qu’elle n’a pas connue. Mais c’est autour de la mort de cette dernière, disparue subitement en pleine jeunesse, que se développe la trame du roman.

Daffodil Silver doit solder la succession de ses parents récemment décédés. Avant d’accepter ou de refuser l’héritage colossal qu’ils lui laissent, elle veut raconter au notaire leur singulière histoire.

Le récit commence avant sa naissance. Sa mère, Lilas, est la première des deux filles de Marguerite et Marcel, propriétaires de l’usine des « Souvenirs Faure ». Elle entretient une relation fusionnelle avec sa cadette de trois ans, Rosa. Inséparables, les sœurs forment le noyau d’un joyeux groupe d’amis aux personnalités bien trempées. Ils partagent tout. Mais, alors que Lilas vient de donner naissance à Daffodil, Rosa meurt subitement à l’âge de 26 ans.

Passé le choc, vient le sursaut : Lilas décide, tant pour prolonger la vie de sa sœur que pour donner un sens à la sienne, d’écrire un livre qu’on lira le temps que Rosa a vécu. Un monstrueux travail qui la vampirise et détruit progressivement le groupe d’amis. D’autant qu’il va donner lieu à toute une entreprise autour du souvenir de Rosa.

Ce livre est un merveilleux témoignage des liens indéfectibles quipeuvent unir deux sœurs. Il évoque la perte de l’être cher et les substituts délirants qu’on peut mettre en œuvre pour atténuer la douleur et gommer l’absence.

La première partie est littéralement envoûtante, réunissant tous lesingrédients d’un roman fascinant : un thème original, un style particulièrement riche à l’écriture précise, sensible, vibrante, un récit vivant (ce qui n’est pas toujours le cas dans les romans utilisant le monologue), des personnages attachants, des sentiments forts, ceux que l’on éprouve sans généralement pouvoir les décrire… Isabelle Monnin, elle, y parvient avec virtuosité..

Difficile cependant de soutenir ce rythme époustouflant sur plus de 400 pages. La seconde partie, qui porte sur la mise en place d’une fondation à la mémoire de Rosa, entraîne le lecteur dans un monde chimérique assez invraisemblable, qui perd quelque peu la force et la séduction des chapitres précédents.

Néanmoins, grâce à la puissance de ses personnages, chacun doté d’un tempérament exceptionnel et hors norme, grâce aux liens qui les unissent, à l’atmosphère étrange, attirante, magique qui imprègne ce petit monde, Isabelle Monnin nous immerge totalement dans son histoire et dans la force des sentiments, en particulier lorsqu’il s’agit d’évoquer l’absence insupportable de l’être aimé. Elle nous entraîne dans une véritable folie, et on la suit, ses mots ayant autant de charme sur le lecteur que le son de la flûte sur le serpent qu’on enchante.

 

Annette Vial