Christophe Bordet, Sur les traces de Bobby Fisher avec une montre Lip, Besançon, Les éd. de la Boucle, mars 2015, 167 p., 14 €.

 

 Ce roman partiellement autobiographique se nourrit à la fois de la longue expérience de talentueux joueur d’échecs de son auteur et de ses souvenirs personnels de l’affaire Lip. Mais comme il n’avait que 14 ans au moment des faits, il s’est appuyé surtout sur le témoignage des syndicalistes mythiques de l’époque, Charles Piaget et Michel Jeanningros, et sur le livre que son père, Gaston Bordet, a coécrit avec Claude Neuschwander.

C’est un roman d’initiation au cours duquel le héros, Pierrot, un adolescent de 16 ans, devra trouver en lui-même les ressources qui lui permettront de garder le secret des Lip en résistant héroïquement à ce qu’il est convenu d’appeler « un interrogatoire musclé », de vaincre un redoutable adversaire aux échecs, et de passer avec succès le test de sa première expérience sexuelle.

Non sans habileté, l’auteur fait se dérouler en parallèle la partie d’échecs qui oppose les blouses blanches des ouvriers de chez Lip aux costumes noirs des représentants de l’ordre, et les parties que joue Pierrot, dans un combat a priori inégal, contre Skorup, un joueur bien plus âgé et plus coriace. Dans les deux cas, c’est une affaire de temps, ce temps qui est la spécialité Lip d’une part, sans parler de la course contre la montre pour déjouer les projets de fermeture de l’usine, et d’autre part, la dictature de la pendule à laquelle est soumis le joueur d’échecs. Dans les deux cas, il s’agit d’un jeu de stratégie, avec ses rebondissements, ses ruses et ses manœuvres visant à déstabiliser l’adversaire. Tout cela est relaté d’une plume alerte, dans un style qui essaie de coller à l’univers et au langage des adolescents de 1973, non sans quelques couacs anachroniques plus amusants que dérangeants.

Claude Peltrault