Jacques Bernard, Secrets volés, Besançon, Les éditions de la Boucle, 2011, 246 p., 15 €.

 

Roman tout entier dédié à l’ambivalence amour et haine. Amitié amoureuse d’un adolescent pour son camarade d’école. Haine atroce d’une mère pour son fils, qui va subir tour à tour son mépris, sa colère, son rejet, son indifférence.

Secrets volés_2Le roman se déroule sur deux journées, le temps que François enterre cette mère mal-veillante et qu’il découvre enfin les raisons du comportement de sa génitrice et le mystère qui entoure sa naissance.

Pourquoi sa mère le détestait-elle ? « Elle est délivrée, pas moi », s’exclame-t-il devant sa dépouille. L’ami d’enfance retrouvé pourra-t-il lui apporter un peu d’apaisement ? Son amour exclusif, pesant, les a séparés. Le temps les amènera-t-il à se redécouvrir ou aggravera-t-il la fracture ? Histoire croisée de deux garçons sur qui plane et pèse un secret de naissance. Le mystère les rapproche sans qu’ils en aient conscience mais leurs personnalités opposées les éloignent inexorablement.

Mensonges, non-dits, colère, hypocrisie, François revient dans ce pays qu’il adore mais y retrouve, exacerbés, conservatisme religieux, trahison, manque d’amour, ces fléaux qui l’ont fait fuir vingt ans plus tôt. Secrets volés, c’est en fait l’histoire d’un homme qui cherche vainement l’amour. L’ami d’enfance le rejette, sa mère le déteste, son père l’ignore, son épouse l’utilise. Même l’amour de cette « gouvernante » qu’il croyait fiable et sincère n’est qu’ap-parence.

Le style de Jacques Bernard est agréable, les paysages, tant extérieurs qu’intérieurs, sont peints avec minutie, raffinement et réalisme. Le secret de Julien, l’ami d’enfance, dévoilé en fin de course, casse un peu la fluidité du roman. On aurait aimé s’attacher à François et à lui seul. Ce rebondissement sans grand intérêt s’imposait-il ? Toujours est-il que l’auteur parvient à nous faire partager les angoisses d’un être et qu’à ses côtés, on est avide de découvrir la vérité.

Annette Vial