Pierric Bailly, Michael Jackson, Paris, P.O.L., janvier 2011, 416 p., 19,90 €.

 

livre-michael-jacksonLe premier roman de Pierric Bailly, Polichinelle, qui raconte les longues vacances d’une bande de jeunes dans le Jura, a eu beaucoup de succès grâce principalement à son style : ludique et inventif, un mélange de parler jeune à la première personne et de jeux de mots, le tout bien agencé par un sens juste du rythme des phrases. Par un sens de l’humour aussi : la comédie des jeunes qui friment, qui s’ennuient, qui font des bêtises…

Michael Jackson, son deuxième roman, raconte dans un style nettement plus sobre la vie d’une autre bande de jeunes, un peu plus âgés : leurs longues années de « Fac » à Montpellier.

Dans les trois parties du roman, le héros et narrateur, Luc, se présente en trois contextes légèrement différents. Dans la première partie, son père travaille à l’usine de La vache qui rit à Lons-le-Saunier, tandis que dans la deuxième, il est professeur de musique, et dans la troisième, il fait des petits boulots dans divers endroits. Sa « copine », Maud, dans la première partie, est étudiante en psychologie, puis aux Beaux-Arts dans la deuxième, avant d’intégrer Sciences Po dans la troisième. Au début, elle a de gros seins, qui deviennent de taille moyenne au milieu, et petits à la fin. Non mais, je vous assure ! Les petits seins sont plus classe apparemment.

Le fond, cependant, reste toujours le même : la routine, le vide, l’ennui, les conversations peu spirituelles. Ils parlent beaucoup de sexe – c’est normal à leur âge – et parfois aussi de musique, de cinéma, de sport, et même de leur avenir mais sans avoir l’air de trop s’en soucier. Boire, fumer, faire l’amour, cela ne laisse pas beaucoup de temps pour penser. Un événement arrive tout de même vers la fin de la deuxième partie : Luc, en train d’essayer de secourir un chat trop haut perché, tombe d’une fenêtre. Dix jours dans le coma. Sans suite.

Qu’ils sont tristes, ces jeunes, en fin de compte, déprimants même, sans relief, si ce n’est par les « bites » et les « nichons » de leurs obsessions, et plutôt interchangeables, ce qui facilite leur échangisme d’ailleurs... Peut-on parler d’une autre génération perdue ? Pas d’une génération rebelle en tout cas. Tout indique qu’ils vont se ranger assez convenablement et trouver leur place dans une société contemporaine régie par la publicité, la distraction et la consommation tous azimuts. C’est connu, l’adolescence se prolonge aujourd’hui, parfois jusqu’à vingt-six ans, l’âge de Luc dans la troisième partie, et même au-delà, à cause des études et du chômage des jeunes ; mais en quatre cents pages, celle de Michael Jackson se prolonge un peu trop, je trouve !

David Ball