Sébastien Ménestrier, Le Suivant, Paris, Buchet-Chastel, févr. 2017, 128 p., 12 €.

Le Suivant est l’histoire d’un homme simple, rédigée dans un style dépouillé, fait de phrases courtes, de paragraphes brefs, un par page, qui s’enchaînent comme défile la vie d’Aliocha.

Aliocha a été incarcéré parce qu’il n’aime pas assez son grand pays. Fataliste, il se laisse emme­ner sans résister dans un camp de travail où il rencontre « le garçon ». Sans même un échange, fasciné, il va le suivre et s’efforcer de lui ressembler… même bien après la mort de son modèle et sa libération du camp.

Durant toute sa courte vie, il va suivre ses traces, jusqu’au moment où il atteint ses limites, vaincu par cette même maladie qui a emporté « le garçon ».

Un livre tout en simplicité, en pudeur, à l’image du héros qui nous entraîne dans le quotidien étroit de la Russie des années 50.

Pas d’analyses psychologiques, mais une écriture incisive pour relater des actes qui s’enchaînent et qui permettent de suivre Aliocha dans une vie dépourvue d’éclat, sans que les sentiments soient exprimés par la parole.

On pourrait imaginer qu’un tel roman, rédigé à la première personne, manque de rythme et d’intérêt ? Au contraire. Tout en sensibilité, en non-dits accessibles, en simplicité éloquente, Sébastien Ménestrier entraîne son lecteur dans un univers inconnu, vers des personnages attachants.

Seulement, il faut lire et relire ces paragraphes qui ne se révèlent que progressivement.

Peut-être pourrait-on déplorer que ce roman soit si léger en volume (116 pages comportant de trois à vingt lignes), mais ne s’agit-il pas d’un condensé voulu par l’auteur qui apporte ainsi, par la brièveté du texte, une ambivalence de force et émotion ?

Annette Vial