Prix 2011

 

Discours de présentation du prix Marcel Aymé 2011 décerné à Esthétique de la course à pied, de Daniel De Roulet (Éditions Virgile),

par Claude Bouheret, président du jury :

 

Les prix littéraires qui reviennent chaque automne nous réservent parfois, comme les vins nouveaux, des surprises inattendues.

Le prix Marcel Aymé 2011 récompense Esthétique de la course à pied, un livre de Daniel de Roulet qui nous invite à partager les vagabondages sportifs et littéraires de son auteur, à effectuer sur la route un tour de France original, à s’étonner ou à sourire des charmes discrets du quotidien et des avatars de la modernité parisienne ou provinciale, et à apprendre finalement que la course à pied n’est pas un sport mais un art.

Les membres du jury du prix Marcel Aymé, que j’ai eu le plaisir de présider cette année encore, ont unanimement applaudi les qualités d’écriture de votre livre, cher Daniel de Roulet ; ils ont été sensibles au regard que vous portez sur le monde en courant, regard qui, comme vous l’écrivez, produit une nouvelle vision : regard bienveillant, généreux, attentif, posé sur vos rencontres de hasard, regard finement distancé et judicieusement critique, oublié dans les lieux que vous décrivez à la hâte dans vos vieux carnets de promeneur solitaire.

Aux quatre coins de la France, dépassant l’anonymat de certains carrefours, la célébrité d’un monument historique ou l’émotion d’un lieu de mémoire, vous courrez et courrez encore, entraînant votre lecteur dans une déambulation où les moments de repos et de rêve vous permettent de lui conter de minuscules histoires, pleines de surprises, qui font à leur tour courir l’imaginaire, de la forêt de Chaux à l’abbaye d’Ardenne.

De plus, votre sensibilité littéraire sans cesse en éveil vous fait, et nous fait, découvrir votre France profonde. Quelques kilomètres de plus et les grandes figures de Nerval, de Hugo et de Proust apparaissent dans la banalité de la foulée matinale. Encore un effort, et c’est au tour de Pergaud de vous attendre sur les champs de bataille de la Meuse, ou de Michel Foucault de vous retenir près de sa tombe perdue dans un modeste cimetière du Poitou.

Ainsi, la course à pied devient chez vous une nouvelle Odyssée ou, pour rendre hommage en passant à votre éditeur, une nouvelle Énéide.

À force de courir, de courir au bon rythme pour tout voir, avec un crayon dans l’œil pourrait-on dire, et apparemment sans trop de fatigue, c’est votre quête intérieure qui affleure dans votre livre et nous enchante au fil des pages, car avec votre discrétion et votre pudeur quelque peu helvétiques, vous vous révélez sans artifices et vos pérégrinations parlent beaucoup mieux de vous qu’aurait pu le faire une spectaculaire Confession.

En bon Suisse que vous êtes, en bon Franc-comtois d’adoption que vous êtes devenu, et en cela prudent comme l’était votre cher Jean-Jacques, le prince des promeneurs, vous donnez à cette modeste odyssée ses modernes lettres de noblesse. Pour ce périple, effectué sur le bout des pieds avec la légèreté d’Ulysse et le charme d’Énée, pour cette déambulation que rythment les quelques photographies facétieuses de Jacques Pilet (qui nous fait le plaisir d’être parmi nous ce soir), nous vous remercions chaleureusement.

Nous souhaitons beaucoup de succès à ce petit livre qui enchantera coureurs et esthètes, réunis ou séparés, et nous félicitons vivement les éditions Virgile pour leur engagement au service des beaux textes et des belles images ; qu’elles continuent à nous surprendre par leurs publications aussi élégantes que nécessaires.